Tranche de vie / Récit d’une journée en enfer

ENSEMBLE est un projet qui me tient à coeur et qui est né d’une observation et d’une constatation. Nous aimons « nous raconter » et nous aimons savoir « comment font les autres ».

L’idée est de pouvoir utiliser mon blog pour vous partager certaines expériences de vie qui ont retenues mon attention. Cela permettra peut-être à certains lecteurs ou lectrices de s’exprimer sur des sujets qui leurs tiennent à coeur, et à d’autres de les booster, de les rassurer, ou simplement de les informer. Je vous invite par la suite à venir échanger à ce sujet sur mon compte instagram


L’écriture est un outil très utilisé au sein d’un travail thérapeutique et permet plusieurs choses. Prendre du temps pour soi, se poser, décharger ce que nous ressentons et vivons dans notre tête, dans notre corps. Quand la plume s’embarque alors nous pouvons être parfois surpris de voir sur quel chemin elle nous mène et ce qu’elle nous apporte comme informations. Ecrire nous permet de prendre de la distance, de conceptualiser des évènements, des ressentis qui peuvent nous paraître flous ou en manque de sens.

Un de mes patients a une magnifique plume et utilise beaucoup l’écriture pour décharger. Il a écrit un texte sur les crises d’angoisse et de part son empathie se disait « Il faut que les gens sachent ce que c’est, comment ça se manifeste et ce que peuvent ressentir les personnes qui en ont!« .

Je lui ai donc proposé de partager son texte.

Cela fait écho à mon article sur les crises d’angoisse, que vous pouvez retrouver ici.

Belle lecture à tous.

Artiste Inconnu

Lendemain de soirée, je me réveille fatigué un dimanche maussade, rien de prévu pour la journée, mais nous sommes sollicités pour aller bruncher avec des amis. Je sens déjà la contrariété qui arrive.

Première alerte : mesure drastique, à peine levé je prends 2 Lysanxia (anxiolytiques) pour me calmer, et malgré le désarroi de ma femme et le regard incrédule de ma belle-mère, je pars m’isoler 30 minutes pour méditer et essayer d’enrayer au plus vite la crise… Soulagé, cela va mieux… Cela a précisément duré 10 minutes… Le coeur en travers qui m’aboie qu’il n’en peut plus, qu’il faut que je me pose tout de suite.

Ma femme souhaite retrouver nos amis, je lui affirme que je suis disposé à, même si je sais pertinemment que cela va être une torture pour moi, la distraction, le vacarme des autres m’aideront peut-être.

Mon manque d’enthousiasme inconscient a dû se faire sentir, car elle a renoncé à ses projets. Je vois dans son regard son mécontentement, elle devient agressive et se fâche pour tout. Je monte en pression, mon coeur n’en fait plus qu’à sa tête, il faut que je m’isole.

Je pars une nouvelle fois, reprenant du Lysanxia (x3), je dors 3 heures.

Je me réveille avec comme lot de consolation une soupe à la grimace. Elle ne me parle plus ou à peine, elle s’isole pour pleurer, quelle journée merveilleuse ! Sans un mot, sans explication… Je repars dans les tours, je culpabilise à mort. Je ne dois pas être assez empathique…

Je ne me suis pas assez préoccupé de son bien-être ? Mais comment le faire alors que moi-même je crie au-secours pour que l’on s’occupe de moi ?

Je peux comprendre son inquiétude, ses frustrations (ne rien faire de la journée parce que son mec est en vrac), la privation de voir ses amis. Elle aurait pu le faire sans moi, mais sans moi, elle ne veut pas…


Pendant toute cette journée qui s’est terminé par un diner silencieux devant une émission à la con pour couvrir le poids du silence, pas une seule fois je n’ai eu le moindre moment de réconfort de qui que ce soit ou de quoi que ce soit.

Personne n’est venu me voir pour prendre de mes nouvelles, j’ai le coeur qui déconne, on ne me voit pas pendant 3 heures, mais jamais la porte ne s’ouvre pour ne serait-ce savoir si je suis toujours en vie. La solution, le réconfort doit-il venir des autres ou la clé est en moi et je suis la solution ?

J’ai mal au coeur… Cette journée m’a tué… Mon coeur s’est calmé quand je me suis retrouvé seul à 11h du soir en me préparant le canapé où j’allais passer la nuit. Je me suis endormi avec la boule au ventre, est-ce que demain sera la même ? J’en suis à prier un Dieu auquel je ne crois pas…

Cette journée a laissé la place au désespoir, car rien de ce que j’ai entrepris dans cette journée n’a été utile pour contrer la crise, j’ai vu dans le regard de ma femme une tristesse profonde qui m’a crevé le coeur, nous n’avons rien fait de notre journée, perdue pour toute la famille. Et le seul responsable : moi.

Le Cri – Edvard Munch

Mes crises d’angoisse

Elles sont lourdes, pesantes, écrasantes, comme un spectre qui jamais ne cesse de me hanter. Je suis fatigué et las de ces répétitions morbides. J’ai le poids de la culpabilité, le regard de ma femme inquiète, les sourires de mon fils qui ne comprend pas…

Et moi perdu, profondément triste de ne pas me sentir bien. Je suis triste et coupable pour eux, car je ne suis que l’ombre de moi-même dans ces moments là, car je n’arrive pas à être enthousiaste de quoi que ce soit, car je m’inquiète pour eux… Je ne veux pas leur faire revivre les angoisses que j’ai pu connaître enfant, en voyant les médecins se précipiter sur mon père, le voir partir en ambulance, puis le voir revenir comme si rien ne s’était passé.

Mon coeur s’emballe, ou plutôt arrête par moment de s’emballer, et là c’est l’esprit qui prend le contrôle et la tourmente commence, je ne suis plus là, j’ai des vertiges, des nausées, la tête qui bouillonne… Il me faut du calme, du lâcher prise, de l’insouciance qui n’est plus de mon âge…

J’ai envie de crier ma colère d’être comme ça, cela me rend dingue, cette impuissance face à ce corps qui n’en fait qu’à sa tête. Ferme ta gueule une bonne fois pour toute, laisse moi en paix !

Le monde me parait beaucoup trop complexe d’un coup, tout devient absolument insurmontable, la moindre contrariété me fait monter, le petit bobo devient la pire des maladies. Je voudrais respirer à plein poumon, arrêter de fumer, faire du sport, être plein d’énergie et pouvoir la partager avec ceux que j’aime.

Sortir, bouger, rire, voir et faire découvrir le monde à ma femme et mon fils, mais je me retrouve coincé dans cet esprit qui me torture. Il existe une multitudes de supplices que l’être humain a eu l’ingéniosité malsaine d’inventer pour torturer ses congénères, et il y a les crises d’angoisse que l’on s’inflige à soi-même : je suis mon propre supplice du bambou… Cela n’aide pas pour l’amour de soi…

Il y a comme quelque chose qui bouillonne en moi, comme si on me brulait de l’intérieur, que cela avait besoin de sortir. Une rage, une colère, un trop plein ? Ou ne serait-ce pas plutôt un vide, un gouffre que je ne sais comment remplir ? Même physiquement je sens ce creux en moi, on me ronge, je me ronge ? Je ne sais plus.

Je suis toujours à la recherche d’un sens à toutes ces crises. Est-ce l’expression physique d’un trouble mental ou l’inverse ? Est-ce lié à mon quotidien et à mes projections d’un futur plus ou moins proche ou simplement lié à mon passé, mon vécu ? Suis-je trop à l’écoute de mon corps ou encore une fois pas assez ? Où se cache cette putain de vérité qui je l’espère me débarrasserait enfin de ce boulet que je traine au quotidien ?

Alors je travaille sur moi, je cherche à comprendre par tous les moyens, mais j’ai le sentiment que ma quête est vaine et surtout mal comprise ou même parfois totalement discréditée. J’en suis à me demander si je ne suis pas tout simplement fou, ou bon à être interné mais je ne suis pas convaincu d’y trouver mon salut…

J’ai envie de crier « au secours, aidez-moi », d’être entendu dans cette souffrance, que l’on me console et que l’on me dise, comme une mère à son enfant, « ne t’inquiète pas, ça va passer ».

J’aimerai tellement cette solution miracle, ce médicament, cette séance, ce temps qui t’assurent que plus jamais cela ne t’arrivera. Je m’endors avec ce doux rêve et me réveille en pleine crise : « Bonjour, je suis encore là, c’est moi ta crise d’angoisse, aujourd’hui j’ai prévu de te pourrir une nouvelle fois la vie. Tu vas avoir le palpitant en vrac, besoin d’aller en urgence aux chiottes, de te reposer alors que ta vie ne te le permets pas et je te suivrai jusqu’au coucher histoire que ta journée soit bien merdique, on s’entend tellement bien !!!».

S’il-te-plaît dégage, va te chercher un nouvel ami, un moustique par exemple, car je ne voudrais pas que tu ailles torturer avec tant de soins et d’application qui que ce soit d’autre, même mon pire ennemi.

T.C


Si vous souhaitez vous aussi partager votre expérience, votre vécu avec vos mots, votre personnalité je vous invite à m’envoyer un mail à l’adresse suivante: [email protected]

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